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Des vestiges urbains du XIVe siècle

Céramique locale du  XVIIe siècle trouvée dans les vestiges.

Depuis deux ans, après la découverte d'un ancien rempart de la cité d'Acoua, un professeur d'histoire archéologue fait des fouilles dans le village.

 

 

 

Ses découvertes, comme récemment des vestiges urbains du XIVe siècle, permettent d'apporter des éclaircissements sur l'histoire du peuplement de Mayotte.

On passe devant sans jamais le remarquer, sans comprendre l'importance de ce qui semble être un reste de muret écroulé, le long de la CCD1. Pourtant, encastré dans la terre, se trouve à Acoua le vestige d'un ancien rempart de ce qu'était la cité d'Acoua. Selon les estimations, ce rempart daterai du XIVe/XVIe siècle. Découvert dans les années 90 lors de travaux dans le village, ce rempart a suscité l'intérêt de Martial Pauly, habitant d'Acoua et professeur d'histoire à la Cité du Nord, mais avant tout archéologue de formation. Depuis, il n'a cessé de fouiller les environs et peut aujourd'hui affirmer que l'ancienne cité s'étendait sur 3 hectares, sans compter le village des esclaves.

 

Les nobles habitaient des maisons en dur

 

Portes de la mosquée de Tsingoni

On trouve des restes du rempart tout au long du site, très bien préservé car enfoui sous une large couche de terre depuis bien longtemps. Derrière une maison, M. Pauly a retrouvé les vestiges d'une des portes de la cité.

"Cette découverte permet de recueillir beaucoup d'informations sur les populations vivant ici entre le XIIIe et le XVIIe siècle, c'est le seul site qui délivre autant d'informations", se réjouit l'archéologue qui pense qu'en retirant 20 à 30 cm de terre un peu partout, on trouverait encore plus de vestiges. Un peu plus haut dans le village, au milieu des habitations, Martial Pauly, aidé de quelques uns de ses élèves motivés et intéressés, a découvert les vestiges d'une ancienne habitation, qu'il nous fait visiter. La largeur de chaque mur, une coudée, correspond aux techniques de maçonnerie universelles, issues du Moyen-Orient. La construction très sommaire renvoie complètement aux descriptions des maisons à Anjouan. Aubaine du chercheur, la latérite, cette terre rouge si présente sur l'île, a recouvert et préservé les pierres, gardant presque intactes les fondations de l'habitation. Les matériaux utilisés pour la construction sont des blocs de corail et de basalte, avec des enduits pour uniformiser le tout. A certains endroits, l'archéologue a retrouvé des restes de la toiture effondrée, une toiture plate qui tenait avec des chevrons en bois de palétuvier. Aux abords de l'habitation, deux sépultures qui indiquent le rang social des occupants des lieux : l'inhumation chez soi était un privilège aristocratique. Toute cette découverte apporte énormément à la recherche sur l'histoire de Mayotte. "Il y a encore quelques années, on pensait qu'il n'y avait jamais eu de constructions d’habitations personnelles en dur à Mayotte, rappelle Martial Pauly. On pensait qu’il n’y avait que les mosquées qui étaient construites de cette façon. Cette découverte remet beaucoup de choses en question." Le chercheur a retrouvé de nombreux détails dans cette habitation, un four domestique, la fosse recouverte de chaux qui servait de latrines, les restes presque intacts d'un banc, un "baraza", appuyé contre un des murs de la cour… Il a aussi trouvé un fragment de tablette de corail qui servait à faire le m'sindzano, ce qui montre que c'est une pratique très ancienne. Maintenant que l'habitation a été presque entièrement dégagée, il s'est s'attaqué à la deuxième partie des fouilles : ce qu'il y a en dessous. L'équipe de Martial Pauly a déjà creusé à 150 cm pour trouver des vestiges.

Ils y ont mis à jour un autre niveau de sol avec des restes d'habitations en végétal et en sable, une découverte qui montre l'urbanisation progressive de la société. Là encore, la couche de latérite importée au XVIe siècle pour niveler la cour a tout conservé. En dessous, on y trouve des vestiges de cases qui ont pu être datés du XIVe siècle. Des charbons provenant d'un incendie, restés intacts, ont pu être datés au carbone 14, par le CNRS de Lyon, entre l'an 1320 et 1410. Cette datation permet de montrer que l’urbanisation de l'archipel s'est fait exactement en même temps que celui de la côte swahilie. "Ces techniques de constructions étaient inconnues des Malgaches du XIVe siècle, annonce le chercheur, c'était plutôt les bantous qui utilisaient le torchis.

 

Une cité dominée au XIVe siècle par des Malgaches islamisés

 

La latérite a fossilisé la pierre, gardant intactes les fondations de l'habitation.

" Entre les deux types d'architecture, l'équipe a retrouvé plusieurs céramiques, fruit du brassage de population que connaît Mayotte à partir du XIIIe siècle. Plusieurs poteries sont très ressemblantes de celles faites sur les hauts plateaux malgaches aux XIVe et XVe siècles. Les découvertes de M. Pauly se recoupent avec les légendes qui circulent encore au village. On sait par exemple qu'un chef du village avait pour nom Bakar Karuna Marona. Le prénom Bakar signale l'influence arabe, Karuna signifie "celui qui lit le Coran" et Marona vient du terme "Marinh", les trafiquants d'esclaves. L'aristocratie de la cité d'Acoua était donc composée de Malgaches islamisés ayant prospéré grâce au commerce des esclaves. On appelait ces nobles qui régissaient l'île avant la mise en place du sultanat les "fani". L'enseignant en histoire quitte Mayotte à la fin de l'année scolaire et regrette qu'il n'y ait aucun suivi archéologique ici. "Le hasard de cette découverte (il habite à 50 mètres des vestiges de la cité, ndlr) montre qu'il y a sûrement des dizaines de sites de ce type encore inconnus." Avant son départ il prépare avec la direction des affaires culturelles de la préfecture une exposition sur les techniques de construction anciennes en dur, éclairée par les fouilles d'Acoua. La préfecture l'a beaucoup soutenu en lui donnant toutes les autorisations nécessaires et en participant financièrement à ses fouilles, pour l'envoi des échantillons au laboratoire du CNRS de Lyon. Le chercheur rêve à la création d'un poste d'archéologue à Mayotte, qui lui permettrait de poursuivre ses fouilles sur les sites non explorés, notamment Tsingoni, l'ancienne capitale du sultanat, aujourd'hui recouverte par les habitations modernes.

 

Source : Mayotte Hebdo
 
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