Partager
Projet Litto 3D
Le Service hydrographique et océanographique de la Marine (Shom), l'Institut géographique national (IGN) et les Aires marines protégées (AMP) ont signé une convention avec le préfet et le président du CG en vue de la réalisation du projet "Litto3D".
Un modèle numérique terre-mer pour une meilleure politique publique maritime et du littoral. Ce projet national a pour objectif la production d'une base de données altimétriques liant de façon continue et cohérente les parties immergées et émergées qui composent le littoral des côtes hexagonales et ultramarines. Un levé aéroporté bathymétrique sera réalisé cet été à Mayotte pour compléter les données terrestres qui viennent d'être finalisées et ainsi aboutir à une carte détaillée d'ici juin 2010.
"Contrairement à ce qu'on voit d'habitude à Mayotte pour certains projets, il faut souligner la réactivité exceptionnelle de l'Etat et du conseil général sur ce dossier". Christophe du Payrat, secrétaire général aux affaires économiques et régionales à la préfecture, s'est félicité de la signature de cette convention pour un projet qui sera un grand atout pour Mayotte, le deuxième (futur) département de France, 10 jours après la Réunion, à se doter d'un tel outil de gestion intégrée des zones côtières.
C'est suite aux catastrophes de l'Erika et du Prestige que l'Union Européenne a vraiment pris conscience de l'importance du littoral et a recommandé le 30 mai 2002 à ses Etats membres de procéder à un inventaire détaillé du littoral. Initié par le comité interministériel de la mer d'avril 2003 et confirmé par celui d'aménagement et de développement du territoire de septembre 2004, le projet Litto3D associe l'IGN au Shom en vue de produire le référentiel géographique du littoral (RGL) qui permettra aux acteurs publics de disposer d'une description de la côte homogène, précise et aisément accessible.
Mayotte précurseur d'un projet national unique au monde
Le RGL se présente comme un "mille-feuille" composé de nombreuses couches de données thématiques géo-référencées destinées à des projets d'aménagement. Grâce aux avancées technologiques et à l'avènement du numérique, le RGL sera utilisé pour plus d'une centaine d'applications : connaissance et protection du littoral (modification de la côte due à l'érosion, protection de la faune et de la flore), prévention des risques (inondations, pollution, sauvetage en mer, catastrophes naturelles), développement économique (ports, tourisme, industrie), exploitations des ressources énergétiques, études et recherches scientifiques, défense et sécurité nationale (opération de débarquement ou d'évacuation, surveillance côtière). Il permettra aussi de simuler des montées des eaux ou encore d'établir de nouvelles routes maritimes. Selon Michel Le Gouic, directeur adjoint du Shom, "50 à 70 applications seront utilisables à Mayotte".
M. Le Gouic a également précisé que l'océan Indien est le précurseur de ce projet d'envergure nationale qui fera de la France le tout premier pays du monde en mesure de fournir une référence géographique officielle assurant une continuité entre la terre et la mer. "Litto3D est un exemple frappant de ce que constitue une politique publique de protection du littoral : grâce aux différents sauts technologiques, on arrive à un modèle continu avec une précision inégalée qui permet et facilite des recherches scientifiques qui n'étaient pas mesurables ni quantifiables avant", a ajouté François Brun, directeur adjoint de l'IGN qui a par ailleurs constaté que cette problématique mobilisait davantage les acteurs publics dans les Dom qu'en Métropole.
Une précision de l'ordre du centimètre
Trois moyens complémentaires sont mis en œuvre pour effectuer les levés de Litto3D. Sur terre, un laser topographique aéroporté effectue un balayage à 2.000 m d'altitude, à marée basse. Ce levé permet d'avoir un point tous les mètres, soit 15 cm de précision. Un travail de filtrage est ensuite effectué pour n'avoir que le sol, sans la végétation et les bâtiments. Sur mer, un laser bathymétrique aéroporté effectue un balayage à 500-700 m d'altitude qui peut aller jusqu'à 40-50 m de profondeur si l'eau est claire. Ce levé permet d'avoir une précision d'un point tous les 2 mètres, soit 30 cm de précision. Un sondeur multifaisceaux acoustique embarqué sur un navire qui peut effectuer des mesures jusqu'à 6.000 m de profondeur avec une précision beaucoup plus grande, permet de compléter la partie maritime. Les données sont ensuite fusionnées pour obtenir une carte numérique terre-mer en continu.
A Mayotte, les levés aéroportés terrestres effectués cet hiver viennent d'être finalisés : 260 km² de côtes ont été couverts, avec une précision de deux points par m². Ne manque que la carte des fonds du lagon : le levé bathymétrique aéroporté aura lieu cet été pour aboutir à la fusion des données d'ici juin 2010.
Ce projet coûtera en tout 1,7 millions d'euros, financé à hauteur égale par tous les partenaires (Shom, IGN, AMP, Etat et CG). "L'Agence des Aires marines protégées finance ce projet car elle en a bien compris l'importance", a expliqué Geneviève Rousseau, directrice adjointe des AMP. "Cet outil servira au Parc naturel marin de Mayotte et permettra de manier des éléments fiables pour discuter, concerter et aménager" et ainsi mettre en œuvre une politique publique maritime et du littoral bien plus efficace.
Source : Mayotte Hebdo |