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Journée internationale des langues maternelles
“On n’a pas le droit de laisser une langue à l’abandon !”
Dimanche, l’association Shime et le Conseil de la culture, de l’éducation et de l’environnement (CCEEM), en collaboration avec le conseil général, la préfecture et la commune de Sada célébraient la Journée internationale des langues maternelles. Le shimaore et le kibushi ont été à la fête dans une ambiance très colorée.
Bien que parlées quotidiennement par tous les Mahorais, le shimaore et le kibushi sont en danger pour un grand nombre de leurs pratiquants. La preuve en est que de nombreux auditeurs des radios locales se plaignent du niveau de langue utilisé par certains natifs de l’île. Les langues locales sont de plus en plus “massacrées” par l’emploi de mots exogènes, surtout français, alors qu’il existe des équivalents en shimaore ou en kibushi. Le problème c’est que contrairement au français, langue officielle, utilisée à l’école ou dans les administrations, les langues locales ne sont pas enseignées à l’école.
“On n’a pas le droit de laisser une langue à l’abandon. J’ai appris ma langue maternelle, l’arabe, comme les Mahorais apprennent le shimaore et le kibushi, c’est-à-dire par transmission de mes parents. Mais l’avantage de l’arabe, c’est que la grammaire est déjà posée, donc on a pu me l’enseigner par la suite. Pour le shimaore, il faut définir tous les concepts linguistiques et que si l’on parle de déterminant ou de COD, le Mahorais puisse comparer cela de sa langue au français. De plus, tant qu’institutionnellement l’on aura pas défini un statut clair pour les langues maternelles locales, on n’avancera pas”, explique Brahim Achiche, maître-formateur à l’IFM de Dembéni.
C’est d’ailleurs un constat qui a été fait par les intervenants de la table ronde de la matinée. “Pour la première fois, j’ai entendu des élus du conseil général parler de l’enseignement des langues locales”, a pour sa part noté Njeri Brandon de l’association Bagamoyo, œuvrant pour la promotion du swahili.
Un apprentissage des langues locales sans complexe et sans idéologie
“Dans le cadre des Etats généraux de l’Outremer, une série de décisions a été prise pour défendre les langues et notre patrimoine. Le président Douchina a souligné la création d’une direction des langues régionales pour étudier, connaître et développer plus largement le kibushi et le shimaore, ainsi que rechercher leurs origines dans notre région. Même si ce n’est pas dans l’immédiat, nous devons aller plus loin et créer à l’image des autres Dom une Maison de la culture et des civilisations. Il faut aussi que l’on voit comment intégrer cette problématique des langues et civilisations à l’école et sous toutes ses dimensions. Cela doit se faire en harmonie avec l’apprentissage du français, sans complexe et sans idéologie”, affirme pour sa part Ibrahim Aboubacar, conseiller général du canton de Sada.
C’est donc avec une allégresse non feinte que tous les participants de la journée ont parlé en shimaore et kibushi au sein d’un établissement scolaire, symbole de la suprématie de la langue française. Chigoma, débah, mais surtout les questionnaires sur le vocabulaire ou les proverbes mahorais ont déchaîné les spectateurs qui se sont pris au jeu et qui soufflaient les réponses au grand désarroi des fundi Rastami Spelo, Chamsidine Kordjee et Youssouf Thany.
Des lectures de textes en langues locales ont également été proposées au grand plaisir du chanteur Diho. “J’ai lu un texte d’un jeune auteur et cette manifestation est une bonne initiative pour nous sensibiliser sur nos langues, pour qu’elles ne soient pas oubliées.” La prise de conscience est donc bien réelle pour que le shimaore et le kibushi acquièrent leurs lettres de noblesse, à l’instar du créole dans les Dom, ou le corse et le breton, aujourd’hui enseignés à l’université.
Source : Mayotte Hebdo |