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Mariage à la mahoraise
Voici que s’amorcent les grandes vacances. Pour de nombreuses familles mahoraises, cette période correspond au temps des festivités et des retrouvailles autour des mariages.
C’est avant tout la consécration, après de longs mois de préparations et d’investissements financiers. L’occasion de découvrir un immense réseau d’entraide qui fait la force des grandes familles mahoraises.
"Tu vas désormais devenir le chef de la famille…" Assise aux côtés de son tout nouveau mari, Zahria écoute attentivement les paroles du cadi. Sur son visage se lit le bonheur, mais aussi l’appréhension de ces quelques jours à venir. Car cette cérémonie de "mafounguidzo", qui correspond à la célébration religieuse de son union avec Oumar, n’est que l’amorce de deux semaines intensives de manifestations. Après les longues embrassades, la petite réception entre les deux familles, les félicitations et l’éternelle séance photo, les convives se dissipent.
Pour Zahria et son mari, c’est le moment de faire le point. "Ca ne fait que commencer", explique Oumar, "nous avons prévus des manifestations pour tout le monde". Il montre sa carte d’invitation : "madjiliss" pour faire plaisir aux personnes âgées de la famille, les hommes les plus religieux, un "mbiwi" pour divertir les mamas, un dîner dansant pour les jeunes, plus modernes. "Pour qu’un mariage soit réussi, tout le monde doit pouvoir s’y divertir. D’où l’importance d’organiser plusieurs sortes de manifestations", ajoute t-il.
Les célébrations de leurs noces s’achèveront avec un "mchogoro", un cortège d’hommes qui dansent, pour ramener les bijoux et les cadeaux offerts par le marié à sa femme. Selon le marié, c’est une manière de montrer à tous qu’il est un homme d’honneur. Qu’il a tenu ses engagements envers sa femme et sa famille.
Les courses à Dubaï ou directement en Chine
Cela fait maintenant deux ans que Zahria prépare son mariage. Une lutte quotidienne pour cette assistante de gestion de 25 ans, mais surtout pour sa famille. "Le plus dur a été de finir la maison à temps", explique-t-elle. "J'ai du faire un prêt de 20.000 € pour compléter l'argent que mes parents me donnaient régulièrement. Et à peine la maison finie, il a fallu courir de nouveau pour la meubler."
S'en est suivi un voyage d'une semaine à Dubaï, dans les fameux circuits d'achats privilégiés par tant de Mahorais. Vaisselle, meubles, rideaux… Accompagnée de ses parents, Zahria en a aussi profité pour remplir un container de farine, de riz et d'autres aliments de base pour les nombreuses fêtes à venir. Pour ceux qui ont les moyens de se payer le voyage, Dubaï c'est la référence. Même si aujourd'hui certains préfèrent aller directement en Chine. A la source, là où les meubles sont fabriqués et vendus à des prix imbattables.
"En revenant de ce voyage nous avons ramené pour 12.000 € de marchandises. Ca a l'air beaucoup vu comme ca, mais lorsqu'on regarde les prix ici, on se rend vite compte de la différence."
Un effort collectif de toute une famille
Dans cette épreuve, la jeune mariée peut compter sur l’appui de ses proches. Une aide déterminante pour tout Mahorais souhaitant faire un grand mariage. En effet, à Mayotte, comme dans toute société musulmane, l’honneur de la famille est le pivot du mariage. "Un beau mariage, c’est l’honneur qui rejaillit sur toute la famille, mais si un mariage se passe mal, on vous montre du doigt. Et les parents disent à leurs enfants de ne pas venir se marier avec quelqu’un de chez vous", nous avoue un des cousins de la mariée. C’est la raison pour laquelle, ici, toute la famille s’investit à fond pour la réussite de ces noces.
Parents, frères et sœurs, oncles, tantes, cousins, dans la famille la règle veut que les mariages soient au moins espacés d’une année pour que tout le monde puisse s’y investir comme il se doit.
Tandis que les femmes s’attèlent à la préparation des gâteaux et des repas, les hommes sont là pour les tâches plus lourdes : transporter des marchandises, monter les meubles, passer un coup de peinture. Ceux qui n’ont pas le temps de venir aider proposent une aide financière. "Certains de mes cousins ne pouvaient pas venir cet été. Alors ils se sont cotisés et ce sont eux qui ont payé les boissons qui seront servies durant ces 12 jours."
Un bel exemple qui prouve bien que la solidarité familiale se maintient, en dépit de l'immersion des Mahorais dans la société occidentale.
Source : Mayotte Hebdo |