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Commandant, le soldat inconnu de la musique mahoraise

Commandant, le soldat inconnu de la musique mahoraise Les musiciens mahorais participent de plus en plus aux festivals et concerts organisés sur l’île ou en dehors. Cependant, certains restent en dehors du circuit des performances scéniques malgré leur savoir-faire. C’est le cas de Commandant, figure incontournable du gaboussi, à Passamaïnty. Mais l’homme ne compte pas rentrer dans la norme à n’importe quel prix.

 

Cela fait quelques semaines que les plaques de rue ont été fixées dans les rues de Passamaïnty. Mais pour trouver Commandant chez lui, il ne vous faut pas beaucoup d’éléments. “Il habite au bout de la montagne dans le quartier de Gnambotiti”, vous indiquent les habitants de la ville. C’est donc en empruntant un chemin tout d’abord asphalté, puis ensuite jonché de cratères et se terminant par une piste en terre battue que l’on arrive au sommet de Passamaïnty, avec une vue sur la Petite Terre à votre gauche et un bric-à-brac de tôles et de murs en béton devant vous.

Commandant, le soldat  inconnu de la musique mahoraise Dans ce quartier cohabitent de modestes bangas comme celui de Commandant, mais également des villas avec de somptueuses terrasses avec vue sur la mer. Notre artiste se contente de peu. Né sous le nom de Boina Attoumani il y a 46 ans, Commandant est connu pour sa maîtrise du gaboussi, le "banjo mahorais". C’est à Mohéli, son île natale mais aussi celle de sa mère, qu’il a commencé à jouer de cet instrument traditionnel.

“C’était à l’époque d’Ali Soilihi. Je n’ai pas eu la chance d’aller à l’école et avec mon camarade Charlie Tango, on s’est dit qu’il fallait que l’on fasse quelque chose pour notre avenir. On a commencé à imiter les grands qui jouaient de l’instrument, mais aussi les fundis qui le fabriquaient”, révèle cet ancien employé d’une société de sécurité.

A Mohéli, la référence en matière de gaboussi s’appelle Boinariziki. Comme tous les modèles il a inspiré ses fans, dont le jeune Boina Attoumani. “On le suivait tout le temps. Il ne m’a pas vraiment donné des leçons. Il faisait et on imitait, je suis un autodidacte. Avec de la persévérance, j’ai réussi à bien me débrouiller”, affirme pas peu fier Commandant.

 

La guitare a remplacé le gaboussi dans les manifestations festives

 

Commandant, le soldat  inconnu de la musique mahoraise Ce père de dix enfants a quitté Mohéli dans son adolescence pour Mayotte, l’île de son père. La passion du gaboussi a traversé le bras de mer qui sépare les deux îles. Commandant se produisait lors des mariages, des wadahas (danse du pilon) ou des fêtes de village. Aujourd’hui, mis à part ses proches et quelques amis, personne ne sait qu’il est un joueur émérite de gaboussi.

“Avant, pour chaque manifestation on invitait des joueurs de gaboussi. Aujourd’hui, même pour un rumbu (cérémonie de désenvoûtement), on va chercher des guitaristes. Et quand on vient nous chercher on veut nous faire jouer gratuitement, alors que les guitaristes, personne n’hésite pour les payer”, s’indigne-t-il. Commandant craint que les sonorités caractéristiques de cet instrument à 3 cordes disparaissent à l’avenir.

Des jeunes ont pourtant pris le relais. Petit Langa, ainsi surnommé en référence à Langa, une autre légende mahoraise du gaboussi, est venu apprendre les ficelles du métier avec Commandant. Il a même essayé de l’attirer sur une scène de concert pour le remercier, mais les organisateurs ont refusé. “Il était en colère, il voulait se retirer, mais je lui ai dit que s’il n’y allait pas, ce serait un recul pour la cause du gaboussi. Je pensais que la culture, c’était l’union, l’amitié entre artistes, mais ici ce n’est pas ça, il y a des clans qui s’opposent”, constate amer le “gaboussiste”.

Ainsi, jusqu’à l’année dernière, il ne voyait aucun intérêt de se produire dans un concert ou d’enregistrer un disque. “Il n’y a aucun bénéfice à en tirer. Pour faire un disque, il faut que tu paies le studio, la presse des CD et ça ne te rapporte rien puisque dès sa sortie, le disque est piraté. Quant aux concerts, n’en parlons même pas !”, nous livre dépité notre expert du gaboussi.

 

Applaudi et apprécié à Madagascar

 

Commandant, le soldat  inconnu de la musique mahoraise Commandant affirme qu’il ne refuse jamais de donner quelques cours pour tous ceux qui souhaitent pratiquer le gaboussi. Mais il déplore le manque de sérieux de ses élèves. “Certains veulent apprendre les rythmes que j’adopte. Je le veux bien, mais si je ne vois pas qu’ils s’accrochent, je ne vois pas l’intérêt de perdre mon temps avec eux. Ce que je veux, c’est transmettre mon savoir-faire à l’image de mes maîtres. Et hors de question de faire payer les élèves ! Un élève, ça doit apprendre gratuitement et ensuite, une fois le savoir acquis, il peut s’il le souhaite gratifier son maître”, détaille-t-il en faisant une analogie avec la transmission du savoir coranique.

Il y a quelque temps, tous ces désagréments ont failli lui donner envie de tout abandonner. Mais en se rendant en vacances à Madagascar, le musicien a eu une révélation. “J’étais à deux doigts de jeter mon gaboussi. Mais en allant sur la Grande Île, je me suis rendu compte que cela comptait beaucoup pour moi. Je jouais dans la rue, les gens s’y intéressaient et m’applaudissaient. Cela ne m’est jamais arrivé à Mayotte !”, confie notre musicien.

Son répertoire, il le garde jalousement tel un trésor caché. Ses chansons, qui évoquent tous les sujets de la vie quotidienne, sont dévoilées avec parcimonie. “Je les joue dans un voulé (sorte de pique-nique avec grillades, sur la plage principalement), mais je ne les couche plus sur papier car certains me les copient. Je les garde dans mon coffre-fort”, dit-il avec le sourire.

Toutefois, il ne ferme pas complètement la porte à un changement de situation. “Si quelqu’un me paie et se débrouille pour le studio et les ventes de CD, alors je pourrais éventuellement envisager un enregistrement”, soutient-il. Espérons que cette personne pourra être assez persuasive pour faire accepter à Commandant l’immortalisation de son patrimoine sonore.

 

Source : Mayotte hebdo
 
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