Partager
Roger Urbano, un ferronnier d'art qui épouse tous les styles
Installé à Mayotte depuis 4 ans, Roger Urbano a créé son entreprise La Forge Occitane en 2007 à Tsingoni qui s'est développée petit à petit pour devenir un acteur incontournable de la ferronnerie d'art et de la serrurerie sur l'île. Artisan au talent éprouvé, M. Urbano souhaite étendre sa clientèle aux particuliers pour faire davantage de décoration, sa véritable passion.
"Je ne suis limité que par deux choses : l'imagination de mes clients et leur budget". Roger Urbano est un artisan qui a la passion de son métier. Autrefois installé à Béziers, dans l'Hérault, où il pratiquait la même activité, il a suivi un apprentissage dès 14 ans avec "le père Calvet", un ancien compagnon du Tour de France, dans un village autour de la campagne biterroise pendant 3 ans. "On cerclait encore des roues de charrettes en bois, nous étions une des dernières ferronneries en France à l'avoir fait", se souvient-il.
Après cette formation, Roger Urbano a passé 15 ans à l'étranger, notamment en Arabie Saoudite où il a travaillé sur un pipeline, et en Côte d'Ivoire et au Gabon où il faisait de la construction métallique pour les appartements des employés des stations de pompage. Il s'est ensuite marié et sédentarisé à Béziers, où il a passé 20 ans de sa vie. Son fils est lui aussi devenu ferronnier et compagnon du Tour de France. Après son divorce, Roger Urbano a eu envie de tourner la page et est parti avec sa nouvelle compagne à Mayotte, où il avait prévu de passer une année sabbatique.
Un apprenti mahorais en formation au CFA
Constatant qu'il y avait sur l'île un créneau pour y développer son activité, il a commencé à faire une étude de marché au bout de trois mois et a décidé de ramener ses machines de Métropole : une enclume qui l'accompagne depuis 40 ans, une foreuse qui date du début du XXème siècle, un martinet (marteau-pilon mécanique) et tout l'outillage traditionnel de soudure. Son entreprise a ouvert en 2007 à Tsingoni, dans le quartier des 100 villas, en haut d'une falaise qui a une vue imprenable sur Sada. Il en était au début le seul salarié.
Il trouve ses matériaux auprès des fournisseurs locaux, mais il n'a plus tout ce qu'il avait avant : "Tous les profils pour la menuiserie métallique n'existent pas à Mayotte, donc on est obligé de recomposer à partir de tubes et de fers plats", explique-t-il, ajoutant que son activité n'a pas encore "assez de débit pour faire venir de grosses quantités de Métropole". Il a embauché progressivement pour atteindre aujourd'hui 5 salariés, mais il a eu beaucoup de difficultés "pour trouver du personnel qualifié : 7 personnes sont passées en 2 ans car il n'y a pas les compétences ici et ce n'est pas vraiment dans la culture". Il a un apprenti mahorais actuellement en formation au CFA, 2 Comoriens et a fait venir 2 compagnons du Tour de France.
Une prédilection pour le classique et la copie d'anciens modèles
Aujourd'hui, ses principaux clients relèvent de la commande publique. Il a réalisé de nombreuses commandes pour les collèges et les lycées, les portails des radars du Nord, la sécurisation de la caserne de la marine en Petite Terre. Il a également effectué quelques travaux de prestige, comme le robinet géant pour les 15 ans du Sieam il y a 2 ans, ou le clown du carnaval SFR en février 2009. Mais la décoration pour les particuliers le manque un peu, d'où la création d'une nouvelle ligne de mobiliers en fer forgé qu'il veut mettre en place. Son entreprise doit déménager en janvier 2010 non loin du collège de Tsingoni, sur un terrain jouxtant les services techniques de la mairie. Une salle d'exposition et un atelier sont en cours de montage.
"En attendant, on peut toujours profiter des expositions au marché artisanal de M'tsangabeach, de Coconi de temps en temps et aux portes ouvertes du GSMA", précise notre artisan. Ses réalisations épousent tous les styles, même s'il a une prédilection pour le classique et la copie d'anciens modèles, comme par exemple pour le podium de Miss Mayotte il y a 2 ans qui a été réalisé dans le style Louis XV. Pour les meubles aussi, il s'inspire des réalisations antérieures, est plus dans le respect des traditions que dans la recherche de formes nouvelles. Médiéval, 1900-1930, moderne… Roger Urbano s'adapte à la demande des clients et à ses envies. Par exemple, il peut décorer les portails avec des croix de Camargue, des rameaux d'olivier, des volutes à noyau, des grenouilles, des épis de blé, etc. Gloriettes pour ombrager les jardins, rampes d'escalier et garde-corps pour sécuriser la maison, mobiliers pour l'embellir… Notre artisan a l'ambition de faire vivre une nouvelle tradition du fer forgé à Mayotte.
Source : Mayotte Hebdo |