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L'îlot M'bouzi, réserve naturelle avec ou sans makis

Vue aérienne de l'îlot Mbouzi Créée par décret il y a plus d'un an, la réserve naturelle de l'îlot M'bouzi n'a pour l'instant fait parler d'elle qu'au sujet des lémuriens, grosse épine dans le pied de la Daf. Nous nous sommes donc intéressés à la réserve en elle-même, ce qu'elle renferme et ce qu'elle est amenée à devenir.

 

 

"Le patrimoine naturel de l’îlot est exceptionnel par la richesse de ses habitats et des espèces présentes : 25 espèces endémiques de flore, 22 de faune, 11 de microfaune. Trois écosystèmes sont présents dans un très bon état de conservation : frange littorale, mangrove et forêt sèche naturelle." Ainsi est présentée la réserve naturelle de l'îlot M'bouzi sur le site des réserves naturelles de France.

82 hectares de terre et 60 hectares de mer, jusqu'à 10 mètres de profondeur, la réserve naturelle de l'îlot M'bouzi, première de Mayotte, existe depuis maintenant un an, créée par décret le 26 janvier 2007. Pourquoi faire de cet îlot méconnu une réserve ? Son intérêt majeur réside dans sa végétation, spécialement la forêt sèche - par opposition à la forêt dite tropicale - qui est celle qui a le plus souffert étant située sur le littoral, et subsiste majoritairement à deux endroits : Sazilé et l'îlot M'bouzi, ce dernier possédant 15% des 300 hectares restants.

Vue satellite de  l'îlot Mbouzi Avec l'expansion de l'Homme, la forêt sèche ne peut aller qu'en diminuant, sa conservation justifie donc la création d'un espace protégé. Au-delà de l'habitat, l'îlot possède environ un tiers des espèces endémiques de Mayotte - végétales et animales - et un certain nombre d'espèces endémiques de l'archipel des Comores. Toutes les espèces d'oiseaux y sont présentes, de même que le caméléon endémique de Mayotte, ajouté à une multitude d'insectes qui n'ont pas encore été étudiés.

La question de savoir s'il existait des makis sur place avant l'implantation de Terre d'Asile fait débat, s'il y en avait ils n'étaient qu'un petit groupe d'une dizaine. La mangrove, d'implantation récente, est toujours en expansion et la partie marine de la réserve renferme un récif frangeant, un tombant en bon état et quelques patates qui contiennent évidemment coraux et poissons habituels.

 

Deux inquiétudes : la corbeille d'or et le rat

 

Ministère de l'environnement : Réserve naturelle de l'îlot Mbouzi "L'îlot n'a pas subi la pression des humains à l'exception de la zone de l'ancienne léproserie où est installée Terre d'Asile, constate le directeur de la Daf environnement, Jean-Pierre Arnaud. Il y a tout de même deux menaces qui nous inquiètent : la corbeille d'or, espèce exotique envahissante, et le rat noir." Présent sur toutes les îles et îlots de Mayotte, le rat noir est en nombre plus important sur M'bouzi, attiré par les mangeoires des makis.

Des solutions d'éradication existent pour des petites surfaces. En 2005 les îlots Hajangua avaient ainsi été dératisés. Une mission doit d'ailleurs s'assurer de la pérennité de l'opération prochainement. "Mais la dératisation est inutile tant que nous n'avons pas mis en place un contrôle strict des entrées sur l'îlot, le bateau étant le seul moyen pour le rat d'arriver jusque là", précise Jean-Pierre Arnaud. Car l'îlot M'bouzi n'est pas destiné à devenir un espace fermé, au contraire la Daf compte exploiter son intérêt touristique et pédagogique.

Le but premier de la réserve naturelle, fixé par le décret, est d'"assurer la conservation du patrimoine naturel et de la biodiversité de la réserve." A partir de cette directive générale, le comité de gestion établit un cahier des charges précis sur lequel s'appuie le gestionnaire, une fois désigné par l'Etat, pour établir un plan de gestion sur 5 ans, qui doit être validé par le comité de gestion et le conseil national de protection de la nature. Le financement de la réserve ne va qu'aux actions qui suivent directement les directives, soit la conservation et la restauration des espèces avec éventuellement des études scientifiques. Le volet pédagogique est exclu de ce financement, mais le gestionnaire peut trouver des partenaires extérieurs pour le mettre en place.

 

Deux obstacles : le gestionnaire et les lémuriens

 

Le budget d'une réserve est calculé pour financer les salaires éventuels, les missions scientifiques et de conservation, en fonction de la surface du terrain. Le directeur de la Daf l'estime entre 80.000 et 100.000 € par an pour M'bouzi. Se rajoutent à ceci les investissements nécessaires supplémentaires, comme l'installation d'un ponton pour l'accueil des bateaux et d'une structure de contrôle des entrées. Lors de la dernière réunion en novembre, le comité de gestion a validé le projet d'établir une cartographie détaillée de la végétation de l'îlot, confiée au Conservatoire botanique national de la Réunion, accompagné d'un suivi de l'évolution des espèces et d'un programme de réduction des espèces envahissantes. "Ensuite, nous devons élaborer un plan d'interprétation de la réserve, c'est-à-dire une politique d'accueil du public. Le financement est déjà obtenu et la loi prévoit la possibilité d'une taxe d'entrée pour les réserves qui sont des îles. L'îlot doit avoir une mission d'accueil et pédagogique, mais elle doit absolument être encadrée," poursuit M. Arnaud.

Carte marine Grosse ombre au tableau : le conseil général, pressenti par tous pour être le gestionnaire logique de la réserve, n'y témoigne aucun intérêt. Selon la loi, les gestionnaires potentiels sont les établissements public d'Etat (la Daf), les collectivités (le CG ou la mairie de Mamoudzou) et les associations. Les Naturalistes sont jusqu'ici les seuls intéressés. "Nous nous sommes portés volontaires dès le premier jour pour être co-gestionnaires de la réserve, c'est-à-dire associés à une autre entité que nous espérions être le conseil général, rappelle Philippe de Grissac. Nous avons montré notre capacité de gestionnaires avec l'écomusée de Jimawéni, si personne ne s'y intéresse nous serons donc seul gestionnaire, mais il serait dommage que les élus soient si indifférents au sujet."

Pour avancer, la réserve a désormais besoin de son gestionnaire. Le préfet devrait donc bientôt se résigner à lancer l'appel d'offres… et espérer que le conseil général choisisse d'y répondre. Entre temps il s'attelle à un autre problème majeur : les lémuriens de Terre d'asile. Cette situation inacceptable, illégale quant au transport, au "stockage" et à la "gestion" d'une espèce protégée par la Convention internationale de Washington, a été longtemps (volontairement ?) ignorée. Elle est désormais mise sous les projecteurs par la création de la réserve. Deux problèmes à résoudre, mais qui laissent présager de longues discussions pour la mise en place du futur parc marin, autre projet, embryonnaire mais déjà contesté par certains.

 

Source : Mayotte Hebdo
 
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