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Production d'Ylang-ylang
"Les bonnes volontés ne manquent pas, il ne faut pas les décourager"
A l'invitation d'Aziz Sam, le propriétaire des plantations Guerlain à Combani, le parfumeur Nicolas de Barry est venu cinq jours à Mayotte la semaine dernière pour "sentir l'île" et observer la distillation.
Alors que la filière mahoraise se porte au plus mal, ce haut parfumeur, qui a senti des centaines d'échantillons, estime que l'essence de Mayotte est la meilleure du monde. Pour lui, il faut que les pouvoirs publics structurent et aident la filière car c'est le seul moyen de la rendre compétitive sur le marché mondial.
"C'est une chance que Jean-Paul Guerlain ait eu un ce coup de foudre pour Mayotte. Son nom reste fameux dans le monde entier. Son association à la plantation ici est un plus pour Mayotte. Vu du Japon, ça veut dire quelque chose". Personnage atypique dans le monde très fermé de la parfumerie de luxe (voir encadré), Nicolas de Barry a créé un parfum naturel intitulé "Ylang de la Plantation Jean-Paul Guerlain" qui met l'essence extra d'ylang-ylang au centre de la composition, alors qu'elle est d'habitude utilisée seulement en accompagnement. Pour lui, "son principal intérêt est qu'elle donne une note florale assez sensuelle. On essaie de ne pas trop en mettre car sinon c'est entêtant, mais c'est comme une très belle femme".
Ce grand voyageur affirme que l'ylang est aujourd'hui à la mode et que la demande mondiale ne va cesser de croître dans les prochaines années, en particulier pour les produits cosmétiques, comme les huiles de massage. Il a ainsi pu voir que dans les spas de Bali, Sao Paulo ou Shangaï, le massage à l'ylang est le plus répandu, avec celui à la citronnelle. Prenant l'exemple de la lavande à Grasse, il affirme que la filière française a pu être sauvée grâce à la vente d'autres produits que l'essence, la distillation ne représentant aujourd'hui que 10 % du chiffre d'affaires de la production de lavande française.
Un peu comme les crus de grands vignobles, c'est sur certains territoires que l'on trouve les meilleures essences, comme la cannelle du Sri Lanka, la rose de Bulgarie et de Turquie ou le Jasmin d'Inde. Pour l'ylang, c'est Mayotte qui obtient la palme, selon ce grand parfumeur qui a senti des centaines d'échantillons. Il y a 50.000 tonnes d'huile essentielle d'ylang qui est exportée dans le monde chaque année. Avec ses 7 tonnes exportées en 2008, "Mayotte a besoin de mettre en avant la qualité, le haut de gamme, le label écologique pour se démarquer", affirme ce fin connaisseur du marché mondial.
Le système de chauffe à pétrole rendrait la filière plus rentable
"Le problème est que la fabrication de l'essence ici coûte plus cher qu'à Anjouan ou Madagascar. Il faut que les pouvoirs publics structurent la filière et l'aident sérieusement pour en augmenter la qualité et la vendre plus cher, et donc rester compétitif. Ca sera simplement un produit touristique sinon." Pour qu'il y ait un label écologique par exemple, il faudrait reboiser les zones de déforestation engendrées par la chauffe au bois. "Cela demande une prise de conscience des autorités qui doivent prendre en main la filière et lui donner des financements".
Il y a une dizaine d'années, M Oheix avait importé un système de chauffe à pétrole "sous pression manuelle" de type Pétromax qui, en plus d'être plus rapide (14 h de "cuite" contre 20 à 24 h pour la chauffe au bois) et beaucoup moins fatigant, permettait d'obtenir davantage d'essence première grâce à une température très régulière, contrairement au bois encore actuellement utilisé. Une initiative n'a pas obtenu à l'époque le soutien des pouvoirs publics, malgré tous les avantages que cela aurait apporté en termes de coût financier mais aussi écologique, avec des centaines de mètre cubes de bois qui auraient été épargnés.
Pour augmenter la qualité, il faudrait inventer de nouveaux procédés et importer du matériel, par exemple pour maintenir l'essence à basse température afin qu'elle conserve toutes ses propriétés. Et il faut faire vite, car si les pieds d'ylang ne sont plus entretenus, ils continuent de pousser et deviennent rapidement inexploitables. Aziz Sam préconise également une étude scientifique sur l'ylang, avec un organisme de recherche qui expliquerait par exemple pourquoi les fleurs poussent mieux quand elles sont cueillies.
Diversifier les essences en prenant l'ylang comme "locomotive"
En créant des liens avec les professionnels, des techniciens et des ingénieurs de la Daf pourraient venir conseiller les producteurs. "Il est vital que les autorités fassent quelque chose pour l'ylang, en baissant les charges sociales, en subventionnant la filière et en autorisant des permis de construire sur les exploitations" explique M. Sam, "nous avons aussi besoin de fiches de paie pour les cueilleuses mais le conseil général ne fait rien du tout. L'ylang représente pourtant un grand atout pour le tourisme : beaucoup de gens sont très intéressés par la visite des plantations et la distillation".
Outre la modernisation du matériel ou les aides indispensables pour faire vivre la filière, les producteurs pourraient également diversifier leur production : "On pourrait aussi distiller d'autres choses comme le poivre, le gingembre ou la cannelle, pour le marché local ou régional, grâce à la "locomotive" qu'est l'ylang", préconise Nicolas de Barry. "Il faut que l'île se réapproprie son nom d'île aux parfums. Les bonnes volontés ne manquent pas, il ne faut pas les décourager".
Source : Mayotte Hebdo |