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Conservatoire Botanique National de Mascarin
Un plan de conservation pour deux espèces végétales de Mayotte
Daniel Lucas, le directeur du conservatoire botanique national de Mascarin (CBNM), était sur l'île récemment pour travailler avec son chargé de mission à Mayotte Guillaume Viscardi secondé désormais par Valérie Guiot, recrutée au mois de juillet.
Après deux ans d'agrément, le CBNM ouvre enfin ses locaux à Coconi, où l'herbier recensant les 1.250 espèces végétales de Mayotte, entreposé actuellement à la Daf, va être transféré. Sur place, les deux scientifiques vont continuer leur travail d'inventaire de la flore et de description des habitats naturels, qui vient de permettre d'établir un plan de conservation pour deux espèces végétales menacées de disparition de Mayotte.
"Coffea humblotiana", le "café de Humblot" (le célèbre colon de la Grande Comore) et "Cyathea boivinii", la "fougère arborescente de Boivin" (un grand récolteur de Madagascar et des Comores pour le muséum national d'histoire naturelle au XIXème siècle) : pour la première fois, un plan directeur de conservation de ces deux espèces végétales endémiques de des Comores (et de Madagascar pour la fougère), va être mis en place par le CBNM. Grâce à ces deux plans de conservation, les graines de ces deux espèces sauvages menacées de disparition vont être récoltées et envoyées à la Réunion où elles seront multipliées, en vue d'une réintroduction ultérieure dans son milieu naturel et d'une conservation "ex situ" sur le site réunionnais du CBNM et dans le jardin botanique de Coconi.
Ces plantes rares sont menacées de disparition car leur habitat et leur milieu naturels sont perturbés par les défrichements agricoles et les espèces exotiques envahissantes. La présence de "Cyathea boivinii", une fougère arborescente qu'on trouve les forêts humides de l'île, daterait même d'il y a "quelques centaines de milliers d'années", au moment où l'île était plus haute car normalement, ce type de plante pousse à des altitudes bien supérieures. Il était donc urgent que ces espèces, protégées par arrêté préfectoral, soient également conservées.
1.250 espèces végétales, 750 indigènes dont 50 endémiques
Cette action couronne le travail de Guillaume Viscardi, le chargé de mission du CBNM qui sillonne l'île depuis trois ans pour recenser les espèces végétales et leurs habitats naturels poursuivant un travail initié par Fabien Barthelat du service environnement et forêt de la Daf. Epaulé depuis le mois de juillet par Valérie Guiot, il va réaliser cette année un atlas de la flore de Petite Terre, dont les premiers résultats sont prévus début 2010. "Cette phase de Petite Terre permettra de savoir combien il faudra de temps pour effectuer l'atlas de Grande Terre", précise le botaniste, qui ajoute toutefois que "tout dépendra des milieux étudiés et du nombre de personnes allouées au projet".
Ce travail de description des habitats naturels et de répartition des 1.250 espèces végétales présentes à Mayotte (dont environ 750 espèces indigènes dont 50 endémiques) permettra d'établir une cartographie précise, qui permettra par exemple la mise en place des zones naturelles d'intérêt écologique floristique et faunistique (ZNIEFF) afin de les préserver des activités de l'Homme et des espèces envahissantes. "Ce travail d'atlas a déjà permis d'identifier une espèce jamais recensée auparavant à Mayotte", remarque Guillaume Viscardi. Il s'agit de "Sophora tomentosa", un arbuste littoral qui a été trouvé sur les tétrapodes de l'aéroport. Une autre espèce, cette fois-ci envahissante, a aussi pu être découverte en Petite Terre : "Dichrostachys cinerea", un genre d'acacia épineux.
Les habitats naturels, c'est-à-dire les différents ensembles végétaux de l'île, sont ensuite définis dans ce qu'on appelle des "cahiers d'habitat", des fiches descriptives sur la manière dont s'associent les plantes en fonction des bioclimats, de la pente, de l'exposition au soleil, de l'altitude, de la nature du sol, etc. Aujourd'hui, une douzaine de cahiers ont été rédigés sur la cinquantaine d'habitats recensés sur l'île, comme les plages de sable, les côtes rocheuses, les zones humides, les forêts sèches, etc.
"Sari litchi" et "Foetidia sp.", deux espèces a priori nouvelles pour la science
Cet inventaire permet de faire évoluer la connaissance générale sur la flore et les habitats. "On trouve des espèces qu'on croyait situées uniquement à d'autres endroits et même de nouvelles espèces non recensées", explique Guillaume Viscardi. Cette année, deux espèces jamais décrites auparavant par les botanistes ont ainsi été découvertes : il s'agit de "sari litchi" (le "faux litchi"), un arbre commun du Nord de Mayotte et d'un "Foetidia", un arbuste qu'on trouve sur le littoral de M'tsamoudou. Ces deux espèces seraient a priori nouvelles pour la science et seront baptisées par le muséum national d'histoire naturelle de Paris après une description complète par un spécialiste de chaque genre.
Depuis 2008, le CBNM est officiellement le gestionnaire de l'herbier de la Daf, l'outil de référence pour le muséum. Cet herbier de 12m² regroupant plus de 2.000 planches sera très prochainement transféré dans les nouveaux locaux du CBNM situés à Coconi, acquis au mois de mai et qui sont aujourd'hui opérationnels. Pour retranscrire l'usage traditionnel des plantes médicinales, Guillaume Viscardi assiste Pascale Salaun et Maoulida Mchangama à la Daf.
Dans l'avenir, l'antenne de Mayotte du CBNM pourrait devenir un centre permanent d'initiative pour l'environnement (CPIE ), comme c'est le cas à la Réunion depuis 2003. Ce label, porté par quatre ministères, reconnaît la démarche transversale du conservatoire qui vise à porter à la connaissance des divers publiques ses données scientifiques et patrimoniales, afin de favoriser une gestion et un développement raisonnés du territoire et de sa biodiversité.
Source : Mayotte Hebdo |