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Mont Choungui, un écosystème exceptionnel

Aquarelle du mont Choungui Emblème du village et de toute l'île, le mont Choungui, deuxième plus haut de Mayotte, est très prisé des marcheurs avec ses 594 mètres de hauteur, dont une bonne partie à pic.

Peu d'entre eux savent qu'il est également un milieu naturel exceptionnel qui contient quelques espèces rares, voire uniques au monde, et qu'il convient donc de le préserver. Etape obligée des touristes, de préférence pour le lever ou le coucher du soleil, l'ascension (sportive) du mont Choungui est une traversée de plusieurs milieux naturels en une petite heure de marche. En bas, la forêt humide et dense, en haut, une végétation sub-montagnarde et clairsemée, totalement différente. Entre les deux, la végétation rétrécit, se fait plus sèche, l'air plus respirable. Ventilé en permanence, le haut du mont est beaucoup plus sec que le reste de la forêt malgré des précipitations et une humidité élevées.

C'est ce climat particulier et la présence de roches alcalines, qui induit en général un fort taux d'endémisme, qui font du haut du mont Choungui une réserve botanique exceptionnelle, avec 6 plantes qu'on ne trouve à Mayotte qu'à cet endroit précis, dont au moins deux qui sont endémiques de l'île. Uniques au monde ! L'une d'entre elle porte d'ailleurs le nom d'Ivodea Chounguiensis.

Autre caractéristique intéressante, le haut du mont Choungui comporte un certain nombre d'espèces végétales que l'on trouve partout dans l'île, mais qui sont ici nanifiées. "Il y a moins d'humidité et plus de vent au sommet, les feuilles doivent donc être plus résistance et sont donc plus petites", explique Guillaume Viscardi du Conservatoire botanique national de Mascarin, qui part régulièrement à l'assaut du Choungui pour y trouver des espèces intéressantes.

Vue depuis le Mont Choungui "Le haut du mont est peut-être le reste de ce qu'il y avait avant, quand Mayotte était beaucoup plus haute", estime le botaniste. "Le Dziani Bolé est d'ailleurs à peu près équivalent : sur la partie située face au vent on a trouvé une espèce qu'on ne trouvait jusque là qu'en haut du Choungui."

Progressivement, de marche sympathique en forêt, la balade se transforme en quasi-escalade. La saison des fortes pluies de l'an dernier a encore creusé le sentier, obligeant le promeneur à s'accrocher aux racines des arbres pour se hisser toujours plus haut. Passé les 500 mètres, on se trouve enfin à découvert, la végétation est sèche et courte, la vue… magnifique.

Une partie encore inconnue

 

Pourtant, l'arrivée au sommet est source d'énervement pour Guillaume Viscardi : des traces laissent imaginer un bivouac récent, par des gens peu soucieux de préserver cet endroit unique. Canettes et déchets en tous genres trainent à côté d'un espace d'herbes tout aplaties qui a du accueillir une tente. Un carnage qui achève de convaincre le botaniste qu'il faut protéger le sommet du Choungui et informer les promeneurs de son importance. "Il y a au moins deux espèces uniques au sommet, dont une qui est une herbacée à laquelle personne ne fait attention par méconnaissance et qui est donc maltraitée à chaque passage. La psiadia pascalii n'a pas encore été beaucoup étudiée, elle pourrait un jour se révéler utile pour l'homme, or il n'en existe pas ailleurs."

Vue du mont   Choungui On trouve également au sommet au moins huit espèces d'orchidées, protégées par arrêté préfectoral. Seulement voilà, le profane ne peut les connaître et les reconnaitre et elles sont régulièrement cueillies par les promeneurs. "Depuis quelques années le sommet se dégrade énormément, toutes les personnes qui y viennent régulièrement le constatent", déplore Guillaume Viscardi. Autres preuves de l'influence humaine sur le milieu : la présence de manguiers et de citronniers, nés des noyaux jetés par les promeneurs. "Il faudrait poser des panneaux au sommet avec des photos et des informations sur les plantes rares, peut-être même une barrière pour cantonner les campeurs à la partie où le sol est terreux. C'est un endroit unique et suffisamment emblématique de l'île pour qu'on s'y intéresse un minimum", tempête le botaniste. Le mont Choungui n'a pas encore livré tous ses secrets aux chercheurs avides de découvertes exceptionnelles, tout un pan de la falaise est encore inconnu, car trop vertical pour s'y risquer sans matériel spécialisé.

 

Source : Mayotte Hebdo
 
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