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Chasse sous-marine : Aux limites du souffle
Pas très connue à Mayotte, la chasse sous-marine bénéficie pourtant d'un cadre exceptionnel. Notre île constitue un spot renommé dans le monde entier. Des records du monde et de grandes premières dans cette activité physique se sont produits dans nos eaux.
Ce qui surprend toujours, c'est l'immensité. Et puis le manque de filet de sécurité. La houle est formée, les côtes sont à 10 kilomètres, peut-être moins, mais qu'importe. Elles sont assez loin pour avoir le temps de se faire happer par un monstre marin ou être pris par une crampe assassine. On a beau être en confiance, ces deux petites idées traversent l'esprit. Le collègue ne représente qu'un petit point perdu dans le grand bleu.
Quelques signes pour se rassurer : la combinaison donne une bonne portance à ton corps, les palmes te donnent l'impression d'être un surhomme… Aujourd'hui, Stéphane et Jean-Marie ont décidé d'initier deux pauvres âmes de Mayotte Hebdo à la chasse au baron. Une technique inventée par sieur Jack Passe, le célèbre père de la course de pneu, du triathlon, entre autres (voir par ailleurs). En fait, il s'agit simplement de créer un leurre, comme dans la chasse aux papillons.
Le brillant attire les poissons curieux. Il ne reste plus qu'à descendre, attendre, puis tirer. Cela paraît facile si la nature ne rajoutait pas du courant et avait enlevé aux hommes la capacité de respirer sous l'eau. Heureusement, pour l'occasion, le bateau de Stéphane nous suit. Le sentiment de sécurité est ainsi largement présent.
La chasse se situe donc dans le grand bleu, le profondimètre du bateau indique des fonds de 20 à 60 mètres. Les risques sont connus de ces deux experts de la mer. Jean-Marie est un moniteur de plongée, Stéphane a chassé dans pas mal de coins du globe. Quand l'un plonge, l'autre surveille. Le risque de syncope est le plus dangereux. Il faut être vigilant. Prêt à plonger. Une sorte de pendule se met en place. Quand l'un remonte l'autre plonge, laissant un temps de récupération d'une minute trente pour une apnée de même durée.
"Dans la chasse, je ne suis pas d'accord quand j'entends un type affirmer que c'est lui et lui seul qui a tapé un poisson. Nous sommes un binôme. Celui qui est en bas au bon moment tire, c'est tout. C'est un travail d'équipe", avise Stéphane Courgeault.
Le froid attaque les visages, mais pas leur détermination et le plaisir de plonger
Ce samedi, la chance sourit à ce même Stéphane. "Tu veux voir ce que c'est qu'un tir parfait ? Regarde", lance fier de lui ce dernier. Saïd remonte le fil attaché aux bouées. Une carangue apparaît, tapée derrière les ouïes… et puis une autre. "Deux d'un coup !", exulte-t-il. De son côté, Jean-Marie vient de rater un thon. "Il s'est détaché. Je suis dééégouté." Stéphane rigole. "Ils se détachent souvent tes poissons, non ?..." Les deux compères se chamaillent. Qui aime bien, châtie bien, n'est-ce point ?
Hors du bateau, la connivence revient très vite. Les deux collègues enchaînent les apnées. La performance physique est bluffante, d'autant plus que l'eau avoisine les 20 degrés. Quand ils remontent sur l'embarcation, les visages sont violacés. Le froid attaque les visages mais pas leur détermination et le plaisir de plonger. Ils resteront près de cinq heures dans l'eau. "Tant que je vois du poisson, je ne ressens pas le froid. L'excitation est trop importante pour se préoccuper du froid", détaille Jean-Marie. Une relation étrange lie l'animal au chasseur qui peut très bien être un contemplatif.
Sur terre, Jean-Marie travaille un véritable art culinaire du poisson : tartare, carpaccio, cuisson méticuleuse. Le pélagique est respecté tout au long de la chaîne.
Sur cinq heures de chasse, les deux hommes ont compilé près de deux heures de vie sous-marine. Par moment, au bout d'eux-mêmes. Stéphane "tape" un bar prion après être resté près de deux minutes sous l'eau. Auparavant, Jean-Marie a foncé pour "taper" un thon. Personnellement, les poissons restent loin de moi, la scène se déroule à près de vingt mètres. Trop pour un novice. L'apnée est une activité à risque qui apprend beaucoup sur son corps. Et la première information concerne le respect de ses limites et l'harmonie nécessaire entre soi et l'élément naturel.
Une vraie leçon de vie, excessivement stimulante.
Source : Mayotte Hebdo |