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Carte postale : Les Baleines
Cher papa,
Je suis allé voir les baleines cette semaine et c'était vraiment un spectacle extraordinaire.
Avant d'embarquer pour aller les observer, je suis allé avec un ami à la projection d'un film intitulé "Mongomé, le mégaptère" qui a gagné l'Hippocampe d'or du Festival de l'image sous-marine il y a trois ans. Ce petit film d'un quart d'heure m'a permis d'apprendre un tas de choses sur les baleines à bosse, des mammifères marins de 15 tonnes qui viennent des eaux froides de l'Antarctique, du Pôle Sud, pour se reproduire dans le lagon de Mayotte. Les mères viennent également accoucher et protéger leur baleineau (plus d'une tonne à la naissance après une gestation de 11 mois), à l'abri de la grande barrière de corail. On peut les observer à Mayotte de juillet à novembre.
Dans le centre de ressources de Sea Blue Safari, il y avait aussi des dizaines de photographies de nageoires caudales de baleines, leur "carte d'identité", comme les empreintes digitales pour nous. Nils Bertrand, le directeur, prend très à cœur ce travail de recensement, qu'il a entamé il y a deux ans avec l'association Mégaptera et qui a permis d'identifier 116 baleines. Le plus étrange, c'est qu'ils n'ont pour l'instant pas une seule fois vu deux fois la même ! Il doit y en avoir beaucoup, j'imagine que les Japonais ne viennent pas jusqu'ici pour faire leurs soi-disant prélèvements à des fins de recherche scientifique…
Pendant la petite conférence qui a suivi la projection, Nils nous a expliqué que c'était sa grande nageoire dorsale qui avait donné son nom à la baleine à bosse. Cette année, les premiers binômes de baleines ont été vus à la fin du mois de juin, et le premier baleineau à la mi-juillet, soit 15 jours plus tôt que l'année dernière. Comme souvent avec les baleines, qui ne sont pas des animaux étudiés depuis très longtemps, on ne sait pas exactement pourquoi elles viennent plus tôt. Pour Nils, c'est peut-être dû au réchauffement climatique qui change les zones de nourriture et les périodes d'accouplement. Il nous a aussi expliqué que ce sont les sauts des jeunes mâles qui paradent et tapent la surface avec leur nageoire caudale et les petits geysers créés par le souffle puissant des mères près de leur baleineau, qui permettent de repérer les cétacés dans et autour du lagon.
Le lendemain matin, je suis monté à bord d'un des trois bateaux de Sea Blue Safari avec un groupe d'une dizaine de personnes, un jeune couple, une mère et son enfant, un adolescent et un couple avec deux enfants. Nils nous a annoncé que nous irions au Sud-Est du lagon, en passant par l'extérieur du lagon, le long de la barrière de corail à l'Est, pour espérer voir des mères avec leur baleineau. J'ai dû m'accrocher pendant la traversée hors du lagon parce que la vitesse était assez impressionnante et la houle importante : l'un des enfants poussait un cri d'enthousiasme à chaque embardée, comme s'il était dans un manège !
Au bout d'une demi-heure, Nils a finalement aperçu au loin le petit nuage gris caractéristique de la présence d'une baleine qui vient d'expirer son air à la surface. Nous nous sommes approchés d'elle tout doucement, en dirigeant le bateau de biais pour ne pas l'effrayer. Nils a noté l'heure et l'endroit de la rencontre pour alimenter les données de l'association. Nous avons petit à petit réduit la distance entre la baleine et notre bateau et nous avons pu apercevoir le baleineau qui était porté par la tête de sa mère.
On aurait dit qu'elle était en train de lui apprendre à nager vite pour s'alimenter et se protéger de son seul prédateur, l'homme. Justement, quand nous avons essayé de nous mettre à l'eau avec palmes, masque et tuba, la baleine a plongé et est remonté à des centaines de mètres de nous. Parfois les baleines réagissent ainsi, d'autres fois elles nagent autour des embarcations et s'amusent même avec, comme les dauphins qui nous ont suivi quand nous sommes repartis.
Nous avons ensuite "surfé" avec le bateau dans une des passes du Sud-Est pour rejoindre la plage de Sazilé où nous avons mangé un pilao divin. Nous sommes ensuite repartis vers l'îlot de sable blanc du Sud, M'tsanga tsoholé (sable de riz), dont le nom vient d'une légende du village de Mutsamudu, tout proche : il y a fort longtemps, le roi de Sazilé voulait marier sa fille à un aimable prince et les noces furent somptueuses, trop même…
Selon la coutume, on allait escorter le marié en dansant jusqu'à la demeure de sa promise, construite par son père. Pour ne pas mouiller les pieds de son futur gendre dans la boue du chemin, le roi ordonna de répandre du riz blanc, en tapis, sur son passage. Mais ce gaspillage de nourriture a provoqué la colère divine qui a englouti tout le village et transformé le riz en sable blanc. Quelques survivants rapportèrent cette histoire quand ils atteignirent les rivages de Mutsamudu… Plus prosaïquement, ce sont en fait les forts courants des deux passes qui ramènent des coraux morts. Aujourd'hui, on dit qu'il ne faut pas repartir avec du sable de l'îlot, si on ne veut pas s'attirer les foudres divines. J'ai suivi le conseil, au cas où !
Nous n'avons malheureusement pas pu voir d'autres baleines pendant notre périple de retour mais j'ai quand même profité du soleil et des embruns et discuter avec les autres personnes du groupe. J'espère que j'aurai plus de chance la prochaine fois… En attendant, je garde en tête de merveilleux souvenirs de cette expédition en mer qui m'a permis de voir en vrai ce que je ne connaissais que par ouï-dire et photographies…
Je t'embrasse très fort, cher papa,
Source : Mayotte hebdo |